Humbert toussait sa dernière cigarette de la journée, les pieds sur son bureau d'officier. Il avait eu une longue journée et une pile de paperasse monumentale à traiter, et il n'était pas sorti une seule fois de la journée. Il faisait désormais nuit, et il songeait à dormir à la caserne sans rentrer chez lui. De toutes manières, personne ne l'y attendait.

Il jeta sa cigarette par la fenêtre ouverte qui lui apportait la froideur de la nuit pour le maintenir éveillé, et rangea une pile de papiers dans un casier sous son bureau. Il s'aperçut que Thierry le regardait par la porte vitrée. Humbert lui fit signe d'entrer.

"On vient de nous informer d'un nouveau meurtre, Humbert. Je sais que t'as eu une journée chargée alors je peux m'en charger si tu veux. Tu as l'air épuisé, dit Thierry en s'approchant de la fenêtre pour la fermer.

-Je préfère pas. Par contre je veux bien que tu m'y conduises, je ne voudrais pas avoir un accident en m'endormant au volant.

-Ok, c'est parti ! On se dépêche avant d'avoir à tirer les gens de leur sommeil." Thierry saisit les clefs de la voiture d'Humbert sur le bureau, et l'officier prit un air stupéfait.

"Dites donc vous ne vous emmerdez pas vous ! Je songeais à prendre une voiture de service ! Si vous faites une seule éraflure sur ma voiture, je peux vous dire que vous allez le regretter !

-Ne vous inquiétez pas chef, je suis un as du volant." Humbert songeait à reprendre ses clefs mais il s'y résigna : les fauteuils de sa voiture étaient bien plus confortables que ceux des voitures de police. Thierry partit au petit trot et Humbert n'eut pas le courage d'essayer de le suivre.

Quand il sortit sur le parking de la caserne, Thierry avait déjà démarré le moteur.

"Allez papy, à cette vitesse là le cadavre ne sera plus qu'un squelette à notre arrivée !" Humbert grommela et pressa la pas. Il avait sacrément mal au dos d'être resté assis toute la journée ! Il n'était pas encore tout à fait dans la voiture que Thierry démarra en trombe. Il eut juste le temps de refermer la portière avant qu 'elle ne frappe le muret de la sortie.

"Putain, fais gaffe ! cria t-il. Tu vas utiliser toute l'essence a accélérer comme ça en plus !" Thierry ne répondit pas et accrocha un gyrophare au toit de la voiture par sa fenêtre ouverte. Humbert se sentait mieux. Il se souvint qu'il conduisait comme cela dans sa jeunesse.

"Si tu ralentissais un peu, tu pourrais moins t'occuper de la route et me dire les informations sur le meurtre...

-C'est à l'autre bout de la ville, au 27 rue des ajoncs. Mme Legrand a retrouvé son fils assassiné.

-Ca faisait longtemps que je n'avais pas traité un meurtre dans la ville. Mais comment sait-elle qu'il a été assassiné?

-Elle dit qu'elle l'a entendu se débattre, elle a entendu des cris de souffrance venant du jardin, et elle y a retrouvé son fils mort. Il y a plein de traces autour du cadavre, mais elle n'a pas regardé de plus prés. Les médecins qui sont arrivés juste aprés ne nous ont pas encore appelés. On devrait en voir un sur place." Humbert se tut pour essayer de se rappeler qui était la famille Legrand, mais il n'en avait jamais vraiment entendu parler. Des bourgeois discrets qui ne se mêlaient pas trop aux autres.

Ils arrivèrent à 23 heures. Thierry bâilla et coupa le moteur.

"Vous êtes arrivé à destination. Merci d'avoir utilisé Thierry's airline." Humbert sourit et descendit de la voiture, pour rerentrer aussitôt. Il regarda Thierry.

"Merde, ça caille à mort ! Tu veux pas appeler Mme Durand pour qu'elle nous ouvre? J'ai pas envie d'attendre devant sa porte dans un froid pareil."

Elle ne tarda pas à arriver. Elle était trés vieille, à moins que le désespoir ne l'est avilie. Son regard était vide et troublé, elle regardait devant elle, au coeur de la nuit, comme si les deux policiers n'étaient pas là.

Thierry sortit  soudainement et mit son bras autour du cou de Mme Durand pour la rechauffer -elle était habillée d'un t-shirt et d'un jean- et Humbert se dépecha de rejoindre la maison pour se trouver au chaud. Humbert trouvait qu'il faisait beaucoup trop chaud dans la maison, mais il ne voulut pas passer pour un râleur.

"Alors, messieurs... demandez moi tout ce que vous voulez savoir.

-Ne vous inquiétez pas, on ne vas pas vous tenir éveillée trop longtemps. Il faut que vous dormiez, commença Humbert. Je suis Didier Humbert, et voici mon collègue Thierry Rival. Nous sommes de la police criminelle. On nous a dit qu'un médecin légiste serait sur les lieux?" Mme Durand hocha la tête et les conduisit dans son immense salon. Un homme y était confortablement installé dans un des canapés de grande classe, fumant la pipe. Il portait une épaisse moustache blanche et des lunettes aux verres énormes qui tenaient sur un large nez. Il remonta ces dernières à l'aide de son petit doigt avant de saluer les deux policiers et de leur désigner un canapé en face. Mme Durand s'assit à côté de lui avec grâce.

"Tiens donc, Humbert ! Il est rare de vous voir debout à cette heure là, matinal que vous etes. A vrai dire, je n'attendais pas quelqu'un d'aussi compétent pour un meurtre dont le coupable est aussi évident, expliqua l'homme.

-Vous avez donc mené l'enquête?

-Pas vraiment, mais les indices laissés par le criminel sont d'une clarté incroyable.

-Cela ne m'étonne pas, dit Humbert. Dans une petite ville comme la notre, il n'y a pas de génie du crime.
 Mais je ne peux me fier aux dire d'un médecin, j'espère que vous le comprenez, Hervé. rappelez vous l'affaire Garnier. Vous vous étiez bien trompés, mon ami." Le médecin se renfrogna et grommela. Il saisit ensuite une feuille ou il lut son rapport du décès.

"Monsieur Edouard Durand, fils de Catherine Durand ici présente et...

-Oui bon ça va, les détails plus tard, on est pas à un mariage ici, coupa Humbert.

-La victime à étée tuée à l'aide d'un chandelier, mais il y aussi des traces de griffure sur une partie du corpps, mais non mortelles. Il faudra examiner le chien du majordome Hector Demorand, qui n'est étrangement pas chez lui, à deux rues d'ici (j'y suis allé), ni ici alors qu'il est censé s'occuper de la maison le jeudi soir jusqu'à 23 heures. Mais Mme Durand dit que parfois la victime le laissait partir plus tôt. On a aussi trouvé des traces de javel. Enfin je crois, j'ai récupéré des morceaux de vêtements que l'on pourra faire examiner au labo. On pourra alors savoir que le coupable portait des gants de vaisselle. Il faudra fouiller la maison de vos suspects.

-Merci. Mme Durand, qui aurait pu en vouloir à votre fils? Mme Durand soupira.

-Je dis juste les personnes qu'il aurait pu contrarier, je ne lui connais pas d'ennemi véritable. Elle toussa. Il y a le voisin avec lequel il s'entendait bien, mais apparemment ils se sont disputés au retour d'une ballade au sujet d'une femme, récemment.

-Connaissez vous cette femme? demanda Thierry.

-Je n'ai pas entendu son nom.

-On pensera à interroger cet homme. Comment s'appelle t-il?

-Georges Leroy.

-Je n'ai pas d'autres questions à vous poser madame. Prenez des somnifères et reposez vous. Bien, Hervé, vous me disiez que le coupable était évident. Pour moi, non.

-Pour moi, il est clair que c'est le majordome." Humbert resta pensif un moment, se tenant le menton. Il se leva soudainement et lança :

"Place aux interrogations !" Thierry et hervé le regardèrent d'un oeil étonné.

"Chef, il est tard ! On ne peut pas rentrer chez les gens en pleine nuit !

-Je n'en ai rien à faire, on me pardonnera." Thierry soupira et le suivit. Hervé proposa de rester pour s'occuper de Mme Durand.

Humbert s'arrêta sur le trottoir et se retourna vers la maison. Il dit à Thierry :

"Bien, le voisin dont Mme Durand peut être soit à droite, soit à gauche. Vous pariez quel côté?

-Le droit, chef !" La maison de droite appartenait bien à Georges Leroy.

"Bravo, Thierry, vous avez de l'avenir !

-J'ai triché, je connais bien la famille Leroy.

-Ca ne transforme pas mon opinion." Humbert toqua comme un sauvage à la porte. Leroy en sortit torse nu.

-Eh bien, déjà couché?

-Vous plaisantez j'espère, il est plus de 23 heures !

-Je plaisantais. On a besoin de vous.

-Je m'en doutes. C'est pour le meutre d'Edouard... Allez, rentrez avant d'attraper froid." La maison de Leroy était glaciale et sombre, et Humbert songea qu'il aurait eu aussi froid dehors. Des trophées de chasse parsemeaient les murs. L'ambiance était figée et morbide. Georges alluma une lumière qui grilla l'instant d'aprés, mais il s'assit comme si il n'en était rien.
 Thierry toussota et chuchota qu'il allait rester dehors. Il détestait les têtes accrochées aux murs.

Humbert s'assit et réfléchit un instant aux questions qu'il allait poser.

"Hummm... Georges, on m'a parlé d'une dispute entre vous et la victime. J'ai conscience que ce n'est peut-être rien mais j'aimerais que vous me donniez un peu plus de détails." Il y eut un long silence. Humbert n'entendait que le souffle calme de Georges.

"Je suis donc un suspect, souffla Georges.

-Pas encore, ne vous inquiétez pas.

-Cette dispute n'est rien, vous entendez? On était juste amoureux de la même nana, vous comprenez le problème? Mais elle serait allée à celui qu'elle aime, et peut être aucun de nous deux. Le tuer ne l'aurait pas fait tomber amoureuse de moi! Sa respiration s'était emballée.

-Je vous crois. Ne prenez pas votre défense, vous ne faites pas partie de mes suspects, ce sont juste des vérifications de routine." Humbert sursauta, il venait d'il y avoir un coup de feu. Il laissa Georges dont il ne voyait que l'ombre et sortit. Le coup de feu venait de chez Mme Durand. La porte de la maison était enfoncée, Thierry avait dû la forcer pour venir a la rescousse.

Humbert sortit son pistolet et grimpa l'escalier en silence.

"Thierry, c'est quoi ce bordel !" Humbert entendit Thierry à l'autre bout du couloir et se précipita vers lui. Mme Durand gisait sur son lit ensanglanté, un revolver étonnemment perfectionné à la main.

"Ou est le médecin légiste?

-Disparu...

-Mais qu'est ce que c'est que cette histoire? On est pas couchés on dirait..." Humbert analysa rapidement le crime : on avait tiré du dehors, brisant la fenêtre de la chambre. Elle ne s'était donc pas suicidée, mais avait sorti son pistolet pour se défendre.

Georges était arrivé par derrière. Il murmurait des prières, il était pâle.

"Le mal est fait, Georges. Je penses que c'est fini. Je l'espère en tout cas." Humbert se demandait si le médecin légiste avait été tué lui aussi. Il se précipita vers le rez de chaussée pour voir si il trouverait des traces de sang ou de lutte. Mais il n'y avait rien. Il fallait appeler la police scientifique pour analyser la scène de crime.

Georges s'était approché et prit soudainement Humbert par le bras.

"J'ai assommé Thierry. L'assassin ne peut être que lui !

-Vous êtes fatigué Georges. Allez vous reposer. C'est à moi seul de décider." Georges lâcha son bras à regrets et s'éloigna le dos courbé.

"Vous le regretterez, commissaire !

-Je ne suis pas commissaire, mais officier de police. Bonne nuit." Humbert referma la porte et se mit à fouiller toute la maison, en se demandant si il n'aurait pas mieux fait d'enfermer Georges leroy pour la nuit. Mais au final, il se dit que l'absence de Thierry quelques instants lui ferait des vacances. Il ouvrit un vieux placard et y trouva le majordome baillonné. "Quelle histoire" pensa t-il en détachant le serviteur.

-Hhh ! Il faut sauver Mme Durand ! cria le majordome.

-Trop tard, monsieur. J'ai quelques questions à vous poser. Que savez vous bordel?

-J'ai peur de ne pas pouvoir vous dire grand chose." Humbert, excédé, dégaina son arme et la pointa vers le majordome.

"J'ai pas envie de perdre mon temps. Comment saviez vous que Mme Durand était en danger? Répondez ou je vous frappe.

-Ok, ça va ! Elle fait partie de la Famille, et une bande de petits morveux veut prendre le pouvoir de la ville.

-La Famille... la Mafia?

-Oui ! Le père Durand qui en faisait partie possédait une grande partie de la ville au compte de la Mafia à laqelle il soustrayait des revenus... Mais un groupe de jeunes a décidé de faire la guerre aux Durand, depuis que le père est mort et que plus personne ne gère les possessions de la mafia dans la ville." Humbert s'assit. La Mafia ! Un gang ! Un gang dans sa ville ! Mais comment l'arrêter?


Il ne se posa pas la question longtemps. Thierry, qui était revenu à lui, les avait rejoint et il lui tira une balle dans le dos. Humbert s'écroula et le regarda stupéfait. Son regard se perdit dans le néant.

Thierry regarda le majordome qui était pétrifié de terreur.

"Vous... vous faites partie des Anges? demanda le majordome.

-Tout à fait. Et je compte prendre possession de cette propriété au nom de mon clan. Si vous voulez, vous pouvez vous joindre à nous pour vous occuper du ménage?" Le majordome secoua la tête.

"C'est a dire... je... je... j'aurais préféré trouver un métier plus calme..." Thierry partit dans un rire dément et tua le majordome.

Le gang des Anges n'allait plus être gené pour un moment.